19.09.2008
Demain il sera trop tard
Le parti socialiste doit arrêter d’être le parti du verbe pour devenir définitivement celui du geste. Il doit faire résonner la voix de celles et ceux que l’actuel gouvernement maintient ou plonge dans la dérision et la déraison et asseoir la justice sociale et le progrès comme préambule à toutes actions politiques. Pour ce faire, nous devons proposer aux français un vrai changement, pas seulement dans le programme mais dans la manière de faire de la politique.
L’aggiornamento de ce parti ne doit pas se fonder sur la reconnaissance ou non de l’économie de marché, simple effet d’annonce dont les français n’ont que faire mais sur sa capacité à comprendre et à répondre concrètement et simplement aux problématiques actuelles de nos concitoyens….dégradation des conditions de travail et de l’environnement, avenir de la jeunesse, précarisation sociale. Sommes nous en capacité de créer les outils qui permettent de répondre activement aux problèmes que pose la société d’aujourd’hui, sommes nous capables d’inventer une nouvelle solidarité qui prenne en considération l’état des souffrances individuelles. C’est sur ces sujets que nous serons jugés. Nous devrons ainsi proposer des alternatives socialement responsables, cohérentes, durables et économiquement viables.
Mais nous devrons également bousculer les cadres et les codes de ce parti. Le parti socialiste devra comprendre qu’il ne recouvrera le pouvoir national qu’à la seule condition d’impliquer durablement ses adhérents, ses militants et les électeurs dans un projet attractif et participatif au service d’un idéal de gauche et non en proposant des alliances alambiqués dont les compromis ne feraient que renforcer le sentiment d’incompréhension et de lassitude.
Le parti devra également accepter de perdre le contrôle sur une partie de son programme et de sa communication pour faciliter l’envie d’engagement de nos concitoyens. La politique de demain ne se fera plus sans eux. La politique de celui qui sait ce qui est bon pour les autres est révolue, la France n’a pas besoin d’un père mais de pairs et ce dans tous les domaines. Au lieu de faire pour, faisons avec.
Ainsi, la méthode pour gagner est simple. Au-delà de la nécessité première de devoir se séparer de toutes celles et ceux qui ne s’inscriraient pas dans une ligne de conduite au service du collectif, le parti socialiste jouera sa crédibilité sur sa capacité à savoir concilier la volonté croissante d’émancipation individuelle des français à la demande conjuguée d’un état protecteur face au dégât du libéralisme sauvage et de la financiarisation à outrance.
N’ayons plus peur de dire ce que nous pensons vraiment de manière presque instinctive s’il le faut. Les français préfèrent la sincérité quand bien même ils n’y adhèrent pas, aux discours opportunistes dont ils arrivent aisément à déceler l’hypocrisie et le pouvoir de manipulation. Ils sont réceptifs et volontaristes quand on les prend au sérieux et rétifs à tout changement quand on les prend pour des cons.
Aujourd’hui, l’homme fort du PS doit devenir l’équipe, le premier secrétaire n’en sera que l’humble personnification, au risque sinon, non pas de perdre les prochaines élections mais plus grave encore, l’âme même de ce parti dont le président Sarkozy s’est emparée en citant dans son discours d’investiture, l'universalité des principaux fondateurs. Il est grand temps de nous réapproprier notre culture, de la partager et d’en faire une politique de reconquête. Demain il sera malheureusement trop tard.
Cédric Dawny
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